Conseiller  océan indien    –   Assemblée des français de l'Etranger

Chevalier de l’Ordre National du Mérite

Avril 2012

C’est toujours avec émotion que l’on apprend  qu’une distinction vous a été accordée. On a envie de la partager avec tous ceux qu’on aime, avec tous ceux qui vous ont aidée  et entourée car c’est grâce à cet accompagnement que vous avez été en mesure de la recevoir. Il est impossible de réunir autant de monde mais l’émotion était présente à la résidence de France ce soir-là.

 

Discours de Son Excellence Monsieur Jean-François DOBELLE
Ambassadeur de France à l’Île Maurice
à l’occasion de la remise de décoration consécutive à la nomination de Michèle Malivel
au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite
 

Chère Michèle Malivel,

Vous êtes née à Rose Hill pendant la seconde guerre mondiale. Je me garderai bien de préciser l’année… Après l’obtention de votre baccalauréat série Philosophie puis d’un DEUG d’Anglais, vous faites l’école du Louvre avant de devenir conférencière du ministère du tourisme et de la culture. Vous êtes une femme extrêmement dynamique et vos activités professionnelles donnent parfois le tournis, tant elles sont variées.

Tout d’abord, vous avez enseigné l’anglais, l’histoire et l’histoire de l’art dans les différents établissements français des pays où vous avez vécu, qu’il s’agisse de Madagascar, de l’Ethiopie, de l’Indonésie, du Cameroun, du Nigéria ou du Vietnam. Vous êtes par ailleurs une historienne d’art et une conférencière renommée, aussi bien dans les établissements français que dans les alliances françaises et les centres culturels. Plusieurs ambassades étrangères ont d’ailleurs sollicité vos compétences. Depuis que je suis à Maurice, chaque fois que mon emploi du temps me le permet, je prends un grand plaisir à assister à vos conférences où vous mêlez toujours l’érudition et l’humour. J’ai particulièrement à l’esprit deux causeries sur Manet (que vous admirez) et sur Andy Warhol, que vous aimez moins mais pour lequel vous ne cachez pas une certaine fascination. J’espère avoir l’occasion de vous écouter prochainement à Curepipe sur l’art anglais au temps d’Oscar Wilde.

Vous avez en outre organisé de nombreux colloques avec des intervenants de haut niveau comme Jean-François Poncet ou Jacques Séguéla. Responsable de la stratégie de communication et des relations avec la presse à la Direction du Salon « Entreprendre », vous avez organisé là aussi des débats avec des orateurs de stature internationale comme Raymond Barre et Jean Peyrelevade.

Passionnée d’art, vous avez réalisé une série d’émissions d’histoire de l’art pour le Mauritius College of the Air, diffusée avec succès par la MBC.

Vous êtes aussi férue d’histoire et une noble cause vous tient à cœur, celle de la sauvegarde et de la défense du patrimoine de Maurice. Membre de la Société de l’Histoire de l’Ile Maurice, Vice-présidente de SOS patrimoine en péril, vous avez participé à la création de la Fondation Fort Blanc. Grâce aux dons reçus, notamment à celui du Sénat français, vous avez pu restaurer plusieurs tombes du premier cimetière français qui étaient laissées à l’abandon. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de fleurir deux d’entre elles, à votre demande, lors du dernier 14 juillet.

En 2010, vous avez imaginé et coordonné certaines cérémonies du souvenir du bicentenaire de la bataille du Grand Port. A votre demande, l’Amiral Forissier avait détaché un navire français et l’équipage a rendu les honneurs aux morts des deux camps. Le Premier ministre de la République de Maurice est venu inaugurer la table d’orientation offerte à votre instigation par le Sénat et l’Ambassade de France, placée à l’endroit où Decaen regardait la bataille et montrant la position des bateaux. Vous avez en outre réalisé un documentaire passionnant, qui est passé à la télévision, et qui rendait hommage aux premiers colons français et à leur lutte pour que l’Ile Maurice reste française. Les Mauriciens de toutes origines l’ont plébiscité.

Vous vous intéressez tout particulièrement aux archives de la période française qui sont dans un état de délabrement désolant et vous avez fait venir un expert français pour en faire l’audit. Vous levez des fonds pour en restaurer le plus grand nombre possible et vous avez déjà obtenu une subvention du Sénat à cet effet.

Passionnée d’art, historienne, vous êtes aussi écrivain. Je dois avouer que j’ai pris chaque fois un grand plaisir à la lecture de vos œuvres, que ce soit vos recueils de nouvelles (comme Le secrétaire de Marcel Proust ou Passeport pour Moka) ou vos romans (Comme un rêve de pierre, paru en France en 2007 ; A contre temps et La porte de cristal, parus aux Editions du Corsair, à l’Ile Maurice, respectivement en 2008 et 2011). Plusieurs traits se retrouvent dans la plupart de vos œuvres : tout d’abord, un style vif, aisé, leste, à l’image de votre personnalité, qui n’interdit pas la description minutieuse de beaux objets (service à thé, montre, secrétaire, boule de cristal…) ; en second lieu, une grande maîtrise de la narration ; vous savez toujours faire rebondir l’action au bon moment, en parsemant l’intrigue de suspens et de coups de théâtre. Vous aimez autant la fantaisie que le surnaturel. Par ailleurs, on est frappé en vous lisant par la récurrence de certains thèmes : les sagas familiales nouées autour d’un terrible secret, les souvenirs merveilleux de l’enfance dont on devine en vous lisant qu’elle a été dorée, choyée, douillette ; la nostalgie du passé et des coutumes d’autrefois, notamment au sein de cette communauté franco-mauricienne que vous évoquez avec empathie et émotion (je pense à votre passion pour les bals, les maisons créoles – quand elles ne sont pas provençales – et les belles cérémonies familiales qui jadis ponctuaient le rythme des ans). On relève aussi chez vous un goût pour le mystère, l’insolite, le paranormal sinon l’ésotérisme (certaines de vos nouvelles peuvent jeter le trouble dans l’esprit de plus rationnel et la cartomancie est le thème central de votre dernier roman).

On est enfin frappé en vous lisant par l’amour de la vie qui imprègne toute votre œuvre, même si la souffrance et l’émotion n’en sont pas absentes (je pense au personnage d’Annie dans votre dernier roman ou à cette scène de retrouvaille entre une mère et sa fille). La sensualité et l’érotisme discret se retrouvent aussi dans plusieurs de vos livres.

Ainsi, dans La Porte de cristal, ce qui m’a peut-être le plus frappé c’est la description minutieuse de menus, de plats ou de recettes culinaires, que vous préparez d’ailleurs vous-même avec amour, je peux en témoigner personnellement pour avoir dégusté un civet de lièvre dont la sauce restera à jamais gravée dans ma mémoire. Dans votre dernier roman, le thème de la cuisine revient au moins 35 fois. La gourmandise est certainement l’un de vos péchés mignons. En lisant votre dernier ouvrage, je me rappelais les films de Claude Chabrol qui comportent toujours au moins une séquence ou deux autour d’une bonne table ou de mets faisant baver d’envie le spectateur. A la page 21 de votre dernier livre, vous dites que la cuisine est le cœur de la maison et le royaume de la femme, qu’une cuisine reflète la personnalité de la maîtresse de maison selon qu’elle est impersonnelle, pratique et fonctionnelle, rustique ou encore colorée et un peu en désordre. Un peu plus loin, page 128, vous dressez un parallèle audacieux entre l’amour et le chocolat : le premier amour est comparé à une tartine de Nutella. A 18 ans, on déguste un macaron au chocolat de Ladurie. Un premier dîner en tête à tête se termine par une poire belle Hélène et vous comparez d’ailleurs la forme de la poire à une hanche féminine. Quand l’amour devient tendresse, on passe au chocolat noir ou de régime.

Votre héroïne, Françoise, déguste un chocolat crémeux accompagné d’une « polonaise », exquis mélange de génoise, meringue et fruits confits, au célèbre salon de thé Angelina rue de Rivoli ; cinq pages plus loin, elle achète une belle tarte aux abricots dans une boulangerie ; elle fréquente avec assiduité les brasseries du boulevard Montparnasse, où elle savoure une andouillette au vin blanc avec frites suivie d’un mont-blanc à la crème de marron ; Elle fait ses courses à la Grande Epicerie du Bon Marché où elle est fascinée par les petites étrilles et les morceaux de lotte de la poissonnerie, et ainsi que par l’épaule d’agneau de la boucherie. Un peu plus loin, à Lyon, elle déguste avec son mari une quenelle noire au saumon et à l’eau de sèche qu’elle fait suivre d’une quenelle au chocolat, le tout arrosé d’une demi-bouteille de Pouilly. Mais ce n’est pas tout, on la verra ensuite avec un homme qui pourrait devenir son amant flâner à l’île aux Moines, dans le golfe du Morbihan, où elle choisit pour déjeuner des langoustines mayonnaise suivies de rougets poêlés accompagnés de tapenade, de pommes de terre en grenaille et d’une fondue de poireaux au beurre blanc et à l’estragon, sans omettre en guise de désert un moelleux au chocolat nappé de crème anglaise à la vanille. Et le même jour, rebelote au dîner avec cette fois un plateau de fruits de mer et un homard breton arrosé de Muscadet et suivi de crêpes Suzette. Vous soulignez au passage les vertus aphrodisiaques de l’huître. Ce ne sont là que quelques exemples mais je pourrais aussi citer un repas à la brasserie Lutetia avec du foie gras, des coquilles Saint Jacques d’Erquy dorées accompagnées de lentilles vertes du Puy, et pour dessert des ananas aux perles du Japon, un dîner de Noël à Fontvieille ne comportant pas moins de treize desserts ou encore le goût prononcé de l’héroïne pour les plats roboratifs d’autrefois, comme le haricot mouton, le pot au feu ou la blanquette de veau. Il faut vraiment que les choses aillent mal pour que Françoise se passe de dessert, comme le soir où elle vient d’apprendre que son mari la trompe, ou pour qu’elle achète chez Picard un dîner surgelé.

Ayant évoqué le Lutetia, je ne peux m’empêcher de me remémorer un souvenir personnel quand je passais devant la brasserie au moment des fêtes de fin d’année. Le premier plat du dîner du réveillon de la Saint Sylvestre était ainsi libellé : « perles de neige sur océan de glace ». Il s’agissait tout simplement des huîtres…

Au total, vous êtes une excellente conteuse, à l’imagination débordante voire exubérante, et c’est essentiel pour qui veut écrire un bon roman. Quand vous évoquez votre enfance, je ne peux m’empêcher de penser aux contes pour enfants de la Comtesse de Ségur. On y retrouve la même candeur, la même perception d’un univers enchanteur où règneraient la beauté, l’harmonie et la bonté. Plus qu’à Baudelaire qui portait sur les choses et les êtres un regard beaucoup plus sombre que vous, on songe à Gérard de Nerval : les parcs et manoirs de l’Isle de France et du Valois laissant la place au monde tout aussi feutré et raffiné des grandes propriétés sucrières et des champs de cannes. Certaines de vos pages pourraient aussi faire écho au Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Votre goût prononcé pour l’histoire transparaît aussi dans certains de vos ouvrages, notamment A contre temps où vous évoquez plusieurs épisodes, parfois cocasses, parfois dramatiques, de l’histoire de Maurice comme la fondation du Dodo Club en 1928, celle du parti travailliste de Maurice Curé en 1936, les efforts de guerre durant le deuxième conflit mondial, ou encore l’épisode poignant des réfugiés juifs de Beau Bassin.

De même, votre livre Comme un rêve de pierre évoque tour à tour les aqueducs romains, les souterrains médiévaux ou les templiers dépossédés de leurs biens dans la campagne arlésienne. Je ne vous cache pas qu’en le lisant j’ai eu une pensée à la fois apitoyée et admirative pour votre mari…

Il faut croire que toutes ces activités et centres d’intérêt vous laissaient encore trop de loisir puisque vous êtes depuis 2009 Conseillère élue à l’Assemblée des Français de l’Etranger pour la zone Océan Indien. Vous présidez en outre diverses sections de l’Union des Français de l’Etranger, et, à ce titre vous siégez depuis plus de trente ans dans tous les comités d’aide sociale dans les diverses ambassades des pays où vous avez vécu. Vous pensez à juste titre que le rayonnement de la France implique que l’on prenne soin de ceux qui, à l’étranger, contribuent par leur présence à sa notoriété.

Du fait des fonctions de votre mari, Bruno, chez Total, vous avez d’ailleurs toujours été très au fait de l’importance que l’action économique de la France à l’étranger peut avoir sur son prestige et son dynamisme.

Michèle Malivel, vous êtes une femme de passion et vous nous rappelez que toute vie humaine est passionnante parce que faite de sentiments, d’aspirations, de craintes, de deuils et de souffrances – et sous cet angle la vie ne vous a malheureusement pas épargnée car vous avez vécu l’épreuve la plus douloureuse qu’on puisse subir – mais aussi de satisfactions et de joies. Vous avez compris que seul le rêve, sinon la folie, peut pimenter notre vie souvent trop sage et la faire échapper à la morosité ou la banalité du quotidien.

Vous avez beaucoup contribué par toutes vos activités au renforcement des relations entre la France et Maurice en faisant découvrir aux Français des aspects trop méconnus de la culture ou de l’histoire mauricienne mais aussi en révélant aux Mauriciens bien des pans de la vie culturelle française. Par votre œuvre littéraire, vous ajoutez une belle pierre à l’édifice de la francophonie. Par votre énergie inépuisable et votre implication sur le terrain, vous œuvrez inlassablement pour améliorer le sort des ressortissants français résidant à Maurice dont bon nombre mènent une vie beaucoup plus difficile qu’on pourrait le penser de prime abord.

Je dois associer à cet éloge le Sénateur Jean-Pierre Cantegrit, qui aurait souhaité être parmi nous ce soir et qui m’a demandé de vous redire toute l’estime et l’amitié qu’il vous porte et de vous remercier pour tout ce que vous avez entrepris et fait – et continuez à faire – pour nos compatriotes. Il associe à ses propos votre époux Bruno, sachant le rôle constant qu’il joue à vos côtés.

Il était juste que la République française, qui occupe une place importante dans cette partie du monde et qui tient à renforcer encore davantage les liens historiques qui l’unissent à l’Ile Maurice, reconnaisse vos mérites.


Son Excellence M. Jean François Dobelle, Ambassadeur de France à Maurice et Michèle Malivel

 

Discours de Michèle Malivel à la Résidence de France
Ce 30 avril 2012

Tout d’abord, merci Monsieur l’ambassadeur, cher Jean-François et à vous aussi Élisabeth, de nous recevoir ce soir.

Vous avez eu des mots si aimables que j’en suis confuse.

Évidemment, quelques mauvais esprits, prétendent que ce mérite n’est pas mien, mais bien plutôt celui de l’homme qui me supporte depuis si longtemps, nous leur laisserons leurs illusions…

J’ai l’impression d’être à une cérémonie des oscars. Je me moquais toujours des récipiendaires qui énumèrent une liste de personnes à remercier, eh bien, aujourd’hui je les comprends !

J’adorerais que mon père soit là ce soir : je n’ai pas réalisé ses rêves mais là, cela devrait lui plaire !

Certains d’entre vous me connaissent depuis toujours, d’autres depuis moins longtemps mais c’est à chacun d’entre vous que je dois d’être ce que je suis devenue. Cette médaille elle est aussi à vous ! ! Vous qui m’avez toujours soutenue et suivie dans mes aventures plus ou moins loufoques. Et je voudrais vous dire combien je suis heureuse d’avoir autour de moi autant de gens que j’aime et je pense également à mon ami Jean-Pierre Cantegrit qui, je le sais, a œuvré pour que je sois à l’honneur ce soir, sans oublier la merveilleuse Sylvie ainsi qu’Alain Marsaud.

Si le petit prince m’avait demandé : dessine-moi un frère ! C’est Mico que j’aurais dessiné ; Il a été pour moi le meilleur des « non frères », je suis née chez lui et il a toujours été à mes côtés, même quand il avait envie de m’étrangler.

Et toi, Michel, du plus loin que je me souvienne, tu es l’ami qui ne m’a jamais manqué.

Le couvent de Vacoas nous a réunies, chère First Lady, merci d’être là ce soir.

Heureusement que Jean-Pierre, mon éditeur bien aimé me bouscule moins que Carlo qui veut toujours me pousser dans mes retranchements, sinon je n’aurais jamais rien publié… Je pourrais vous citer tous Hervé, mon fidèle soutien, Nano, Luc, Claire, Popo, Charles, Alix, Jean-Louis…

Compagnons d’aventures…

Mais je dois remercier aussi Carole, Yves-Alain ainsi que ces « petites mains » de l’ambassade qui solutionnent toujours les problèmes de mes «ouailles ».

Mais j’ai trop parlé comme d’habitude. Partageons plutôt ensemble ce merveilleux moment d’amitié et espérant qu’il y en aura encore beaucoup d’autres ainsi que de nouvelles aventures qui sait, le chevalier qui garde les secrets de ma maison provençale, cèdera peut-être devant la chevalière méritante que je suis devenue…